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Prestation de soins de santé en situation de crise : attaques contre les soins de santé et nécessité de se conformer au droit humanitaire international

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L'image nous montre l'hôpital d'Al Wafa hospital après l'attaque. 20 mai 2016 – Sauver des vies dans un certain nombre de pays de la Région de la Méditerranée orientale représente un métier dangereux. L’escalade des conflits et l’ampleur massive de l’aide humanitaire continuent de faire courir d’importants risques aux agents de santé. Les attaques perpétrées contre les agents de santé et les établissements de soins en Afghanistan ont augmenté de 50 % en 2015, et la Syrie est désormais le lieu le plus dangereux au monde pour les agents de santé, les attaques se déroulant à un rythme inquiétant et le nombre déjà limité d’agents de santé disponibles diminuant.

Les attaques dirigées contre les soins de santé ne sont pas seulement le résultat d’actes de violence directe. Les menaces qui pèsent sur les agents de soins, les patients et les établissements de santé se manifestent aussi sous la forme de retenues volontaires de médicaments et de traitement aux populations assiégées, et sous la forme de coupures délibérées de l’approvisionnement en eau et en électricité en vue d’affaiblir le fonctionnement des établissements de santé. 

Il existe des lois et des conventions stipulant clairement qu’il est interdit d’attaquer les agents de soins et les établissements de santé, mais elles ne sont pas observées. Malgré les appels répétés des Nations Unies et du Comité international de la Croix-Rouge au respect et à la protection des soins de santé, les attaques continuent, privant ainsi les populations de leur droit fondamental à la santé, perturbant gravement les opérations humanitaires et sapant les systèmes de santé ainsi que les objectifs de développement sanitaire sur le long terme. Nous ne pouvons accepter que cette situation devienne un état de fait.

La diminution apparente du nombre d’attaques dans certains pays ne doit pas laisser penser que le pays est devenu un lieu plus sûr pour les opérations humanitaires. En fait, la raison à de cette diminution peut être une réduction du nombre d’agents de santé pris pour cibles du fait que ces derniers sont contraints de fuir, que les établissements de santé ferment et que le nombre d’opérations d’action menées par les organismes d’aide au développement diminue du fait du niveau d’insécurité.

Les attaques dirigées contre les soins de santé, qu’elles soient le résultat d’une intervention ciblée ou de la violence à grande échelle, ont des conséquences qui vont au-delà de la menace pour la vie des agents de santé, affectant non seulement les familles des victimes, mais également les millions de personnes qui n’auront pas pu être atteintes, les enfants qui n’auront pas été vaccinés, et les patients dont les blessures n’auront pas pu être soignées. Des milliers de personnes meurent chaque année non pas des suites directes de la violence, mais parce que leur environnement est devenu trop dangereux pour que les soins de santé puissent être dispensés. Nous ne pouvons accepter ces conséquences comme le prix à payer pour mener des interventions dans des situations de conflit : nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour mettre un terme à ces attaques. 

Les personnels de santé qui travaillent dans des conditions déjà difficiles et avec des ressources limitées ne devraient pas avoir à vivre dans la peur d’une attaque constante, et les populations que ces équipes soignent ne peuvent être privées du peu qu’elles possèdent en termes de services de santé. Au sein des états fragiles en proie à une grande instabilité, nous ne pouvons pas permettre que le lien qui relie les agents de santé et les populations dans le besoin soit rompu.

Sans les agents de santé, il ne peut y avoir de soins de santé, et protéger les agents de santé constitue l’une des responsabilités les plus impératives de la communauté internationale. La résolution décisive sur les soins de santé au sein des conflits armés adoptée à l’unanimité par le Conseil de Sécurité des Nations Unies le 3 mai constitue une étape importante du processus visant à souligner l’urgence du problème. 

L’OMS, avec l’aide de ses partenaires, met actuellement au point un système pour collecter les données sur les attaques perpétrées contre les agents de santé, les établissements de santé, les transports médicaux et les patients dans les situations d’urgence complexes. Cette information sera utilisée afin d’identifier les tendances et de trouver des solutions concrètes pour prévenir les attaques ou atténuer les effets des interruptions des prestations de soins. 

Alors que la communauté internationale continue de plaider en faveur de la protection des agents de santé, les gouvernements ont un rôle tout aussi important à jouer en garantissant un accès sûr et sécurisé aux services de santé pour tous et en faisant en sorte que les auteurs des attaques menées contre les systèmes de santé soient tenus responsables. Au-delà du simple secteur de la santé, la société civile, les médias et les institutions internationales ont un rôle clé à jouer en assurant que toute la lumière soit faite sur les violations commises. Si aucune action immédiate n’est entreprise par l’ensemble des acteurs impliqués pour protéger les agents de soins et les établissements de santé, les attaques continueront de sévir, menaçant de devenir la norme et décidant du sort de millions de personnes.

« Respecter les règles de la guerre » est l’une des cinq responsabilités principales de la communauté mondiale soulignées par Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations Unies, dans son Agenda pour l’Humanité – un rapport visant à orienter les discussions et les décisions lors du tout premier Sommet mondial sur l’Action humanitaire qui se tiendra les 23 et 24 mai à Istanbul.

Istanbul est l’occasion pour nous de nous rassembler pour lancer un appel fort à toutes les parties aux conflits armés pour qu’elles respectent les règles relatives au droit humanitaire international et aux droits de l’homme qu’elles ont approuvées. 

J’espère sincèrement que ce Sommet constituera le « tournant » auquel le Secrétaire général des Nations Unies appelle, et qu’il permettra de renforcer l’engagement des leaders mondiaux, des organisations internationales, des organismes de secours, du secteur privé et des associations citoyennes afin qu’ils agissent en faveur de l’humanité selon nos responsabilités individuelles et partagées.

Dr Ala Alwan
Directeur régional de l’OMS pour la Méditerranée orientale

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Prestations de soins de santé en situation de crise (en anglais)

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