Nutrition | Stratégie/politique | Déclaration de principe et mesures recommandées aux fins de la diminution des apports en sucre et de la réduction de la prévalence du diabète de type 2 et de l’obésité dans la Région de la Méditerranée orientale

Déclaration de principe et mesures recommandées aux fins de la diminution des apports en sucre et de la réduction de la prévalence du diabète de type 2 et de l’obésité dans la Région de la Méditerranée orientale

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Objectif de la déclaration

Diminuer les apports en sucre et réduire la prévalence du diabète de type 2 et de l'obésité afin de limiter le risque de maladies non transmissibles chez l'enfant et l'adulte, et plus particulièrement, de prévenir et de contrôler les surcharges pondérales nuisibles à la santé et les affections associées, notamment le diabète et les caries dentaires. 

Justification

La présente déclaration s'appuie sur la directive de l'OMS recommandant à tous les individus (enfants et adultes) de réduire l'apport en sucres libres à moins de 10 %, idéalement à 5 %, de l'apport énergétique total1. Compte tenu des taux particulièrement élevés d'obésité et de diabète dans la Région, un apport de 5 % est considéré comme l'objectif à long terme le mieux adapté. Les sucres libres incluent les monosaccharides et disaccharides ajoutés aux aliments par le fabricant, le cuisinier ou le consommateur, ainsi que les sucres naturellement présents dans le miel, les sirops, les jus de fruits et les concentrés de jus de fruits. Cette recommandation impliquera un bouleversement considérable des habitudes alimentaires et de fait, l'objectif proposé d'un apport en sucres limité à 5 % nécessitera de nouvelles politiques radicales, les apports s'avérant bien plus élevés dans la plupart, si ce n'est dans tous les pays de la Région. 

Les décideurs et les responsables de programme sont invités à évaluer dès à présent les niveaux actuels de l'apport en sucres libres, ainsi que l'origine de ces sucres à la fois dans la nourriture et dans les boissons. Ils peuvent également réfléchir sur les mesures à prendre au niveau national pour transformer la chaîne alimentaire dans leur pays. 

Les gouvernements devraient envisager d'instaurer une réduction progressive et pérenne des apports en sucre dans le pays au cours des trois à quatre prochaines années. Des efforts significatifs, par exemple une baisse d'au moins 50 % des apports en sucre, sont jugés nécessaires afin de mettre un terme à l'augmentation du diabète et de l'obésité et de diminuer la charge des décès prématurés imputables aux maladies non transmissibles de près de 25 % d'ici 2025.

Une analyse plus détaillée des raisons pour lesquelles le sucre entraîne des surcharges pondérales avec les complications que cela implique (diabète, cardiopathies, cancers), ainsi qu'un risque plus élevé de diabète ne résultant pas d'une surcharge pondérale, de problèmes dentaires majeurs qui affectent tous les groupes d'âge (pertes de dents et infections dentaires) et de problèmes de croissance chez l’enfant, figure à l'annexe 1. Cependant, étant donné que la Région affiche la prévalence la plus élevée de diabète au monde, il est opportun de souligner que d'après de récentes analyses systématiques, la consommation quotidienne d'une boisson gazeuse supplémentaire augmente le risque de diabète de près d’un cinquième (18 %) selon les estimations.Les taux d'obésité étant aussi particulièrement élevés à la fois chez l'enfant et l'adulte, il est nécessaire de réduire les apports en sucre, ainsi que l'apport total en matières grasses dans le cadre d'une stratégie de santé publique cohérente et progressive.

La présente déclaration de principe et le projet de plan d'action s'inscrivent dans les efforts déployés par l'OMS pour atteindre les cibles mondiales visant à mettre un terme à l'augmentation du diabète et de l'obésité et à faire baisser le risque relatif de mortalité prématurée imputable aux maladies cardiovasculaires, au cancer, au diabète et aux maladies respiratoires chroniques de 25 % d'ici 2025. 

Défis de la réduction des apports en sucre dans la Région de la Méditerranée orientale

Les données disponibles indiquent que la part du sucre dans l'apport énergétique total quotidien est relativement importante dans la plupart des pays de la Région, en particulier dans les pays à revenu élevé ou intermédiaire où elle représente 9 à 15 %. Même dans les pays à revenu faible, cette part peut atteindre 12 %.3 Les enfants, notamment les écoliers, ainsi que les jeunes adultes, ont généralement des apports particulièrement élevés. En outre, les apports en sucre tendent à augmenter à mesure que les revenus du pays sont revus à la hausse. La consommation de sucre dans près de la moitié des pays de la Région dépasse 70 g par personne et par jour, atteignant 85 g par personne et par jour dans certains pays,4 ce qui en fait la troisième région de l'OMS la plus consommatrice. Il s'agit de la Région au monde où la consommation en sucre augmente le plus rapidement et cette transition alimentaire a affecté de façon significative la qualité du régime de la population.5

Les apports énergétiques de la population dans tous les pays de la Région dépassent 2000 kcal/jour, la plupart des pays atteignant ou presque le niveau des 3000 kcal/jour. Si l'on considère le chiffre proposé par l'OMS d'un apport en sucre maximal de 5 % et les problèmes de santé constatés dans le Région, cela signifie que l'apport moyen en nourriture et en boisson devrait correspondre idéalement à un apport en sucre inférieur à 28 g par jour. D'après les directives de l'OMS, les femmes et les enfants ne devraient pas consommer plus de 20 à 25 g de sucre par jour, et les hommes pas plus de 35 g environ. Aussi les apports moyens en sucre devraient-ils chuter de plus de 50 %.

Analyses stratégiques des moyens efficaces dans la réduction des apports en sucre

Public Health Englanda procédé récemment à l'évaluation systématique des solutions testées pour réduire l'apport en sucre et des mesures gouvernementales qui, au vu des économies de santé réalisées et de leur efficacité potentielle, devraient être mises en œuvre. L'organisme a envisagé puis proposé huit mesures principales et une mesure supplémentaire, en précisant qu'elles doivent être adoptées dans leur ensemble car aucune d'elles ne serait efficace indépendamment. Si en Angleterre l'enjeu était de réduire l'apport moyen de 50 %, il est nécessaire d'aller plus loin dans la réduction des apports en sucre dans la Région. Là encore, cela signifie que des avancées progressives mais ambitieuses doivent être réalisées sur plusieurs années. Aussi, il semble logique que la Région envisage de réduire les apports en sucre d'au moins 5 %, voire idéalement de 10 %, par rapport à l'apport actuel et ce tous les ans.

Mesures proposées afin de limiter les apports en sucre 

Modifier la composition des aliments et des boissons riches en sucre aux fins de la réduction des apports en sucre

Cette mesure s'avère particulièrement efficace, mais elle exige que la plupart, si ce n'est l'ensemble des sociétés commerciales conviennent d'une politique commune et que le gouvernement établisse des normes relatives aux aliments et aux boissons adaptées. On imagine souvent qu'il suffit d'inviter différentes societés et restaurateurs à s'engager volontairement sur cette voie. Or, cette solution n'est pas efficace car si d'autres sociétés et restaurateurs continuent de proposer des aliments plus riches en sucre, la population ne peut s'habituer à consommer des aliments et des boissons moins sucrés. La nécessité d'accompagner la population pour qu'elle s'adapte aux produits moins sucrés signifie également que même s'il permet de limiter les calories, l'emploi d'édulcorants ne contribue pas à l'adaptation progressive du goût des personnes à des saveurs modérément sucrées. Par ailleurs, l'expérience démontre que lorsque des sociétés responsables prennent des mesures pour réduire la teneur en sucre de certains aliments et de certaines boissons, elles craignent que les entreprises concurrentes n'appliquent pas les mêmes mesures et bénéficient ainsi d'un avantage commercial. L'établissement de normes communes par le gouvernement oblige l'ensemble des sociétés à fonctionner selon les mêmes règles. 

Le plan de modification de la composition des aliments doit être instauré en s'appuyant sur des estimations quantitatives des principales sources de sucre dans l'alimentation nationale. Les groupes industriels jouant un rôle dans leur production, leur importation, leur distribution et leur commercialisation doivent être impliqués dans ce processus par les services gouvernementaux concernés. L'analyse des sources de sucre et les négociations engageant l'ensemble des parties prenantes exigera des efforts considérables aux fins du lancement du processus de modification de la composition des aliments.

Établir des normes relatives à l'ensemble des aliments et des boissons proposés par les institutions subventionnées par l'État 

Des mesures progressives doivent stipuler que dans les deux à cinq prochaines années approximativement, plus aucune boisson sucrée ne sera proposée à la vente et que la teneur en sucre des aliments distribués dans les établissements publics par les restaurateurs et les fabricants devra être réduite progressivement. 

Limiter la promotion des produits riches en sucre, en particulier des boissons 

Il est couramment admis que les promotions sur les prix sont un moyen d'augmenter les ventes. Ce phénomène est particulièrement manifeste dans la Région de la Méditerranée orientale où les ventes de boissons riches en sucre ont enregistré une hausse rapide au cours des deux dernières décennies. Les promotions sur les prix, comme par exemple offrir deux produits pour le prix d’un, les réductions de prix ou l’augmentation de la taille de la portion pour le même prix, sont des mesures reconnues hautement efficaces pour pousser les consommateurs à acheter et consommer davantage un produit.

Si les boissons non alcoolisées (à l'exception des jus de fruits) sont sans doute la source de sucre la plus importante chez les adolescents, il est nécessaire d'identifier ces sources principales dans l'alimentation. Le sucre en poudre, les sucreries et les jus de fruits sont souvent à l'origine d'apports élevés en sucre chez les adolescents de la Région. Quant aux écoliers plus jeunes, les boissons gazeuses, les biscuits, les cakes, les gâteaux, les pâtisseries et les desserts, les céréales, les sucreries et les jus de fruits peuvent constituer les principales sources de sucre. Chez les adultes, ce sont les biscuits, les cakes, les gâteaux, les pâtisseries et les desserts, les jus de fruits et les boissons gazeuses. Il sera plus aisé de formuler les changements prioritaires une fois que les habitants du pays seront avertis de la teneur en sucre des principaux composants de leur alimentation. Reste que les boissons gazeuses doivent être évitées autant que possible, et préférablement supprimées en tant que source de calories. 

Imposer des restrictions sur la commercialisation, la promotion et le parrainage de l'ensemble des produits riches en sucre dans les media

La commercialisation d’aliments et de boissons riches en sucre inappropriés se fait particulièrement agressive dans la Région, étant donné qu'elle représente un débouché intéressant du fait de restrictions réglementaires limitées. Des mesures spécifiques sont nécessaires afin de faire face à cette commercialisation libre de toute entrave sur les chaînes de télévision du câble ainsi que dans tous les media numériques. Dans plusieurs États européens, la promotion des ventes d'aliments et de boissons inappropriés est aujourd'hui assortie de restrictions qui s'accompagnent parfois de taxes et de mises en garde sanitaires figurant sur chaque annonce ou support publicitaire. Le parrainage d'événements sportifs constitue un moyen bien connu pour promouvoir des produits gras ou sucrés et l'on estime de plus en plus que ce type de publicité porte atteinte à la santé publique.

Utiliser les profils nutritionnels aux fins de la formulation de définitions claires des aliments et des boissons à teneur élevée en sucre

À l'heure actuelle, les détaillants et les autres acteurs engagés dans la commercialisation de denrées alimentaires ont par trop souvent l'occasion d'égarer, voire d'induire en erreur les consommateurs par le biais d'allégations inappropriées et de spécifications déroutantes sur la teneur en sucre de leurs produits. Il existe désormais des méthodes bien établies, mises au point par l'OMS, qui permettent d'évaluer les niveaux appropriés de nutriments, notamment de sucre. Une méthode a notamment été instaurée aux fins de son utilisation pour la commercialisation dans la Région. Il existe aussi des méthodes visant à définir des critères pour la mise au point de méthodes claires et compréhensibles d'étiquetage des denrées alimentaires. Les étiquettes reprenant la signalétique des feux de circulation par exemple sont de plus en plus répandues dans le monde entier et de nombreux éléments témoignent de leur utilité pour les consommateurs attentifs. 

Supprimer les subventions sur le sucre versées par l'État et introduire une taxation progressive des boissons sucrées dans un premier temps, puis de l'ensemble des aliments et boissons additionnés de sucre

Souvent, une augmentation de 10 % du prix au détail initial des boissons sucrées est mise en place, mais certaines analyses économiques révèlent qu'une augmentation minimale de 20 % de ce prix serait nécessaire pour induire une modification significative des apports.10 De nouveaux éléments attestent de l'incidence de telles mesures dans plusieurs pays, notamment au Royaume-Uni où le gouvernement a proposé de majorer de plus de 20 % le prix des boissons non alcoolisées sucrées. 

La littérature abonde d'exemples démontrant que plus la catégorie de population est pauvre, plus elle est attentive aux prix des denrées alimentaires et plus elle est susceptible de modifier ses habitudes de consommation chaque fois que les prix évoluent. L'impact des prix affectent toutes les catégories de population, à l'exception des plus fortunés, cet impact étant graduel selon le statut socioéconomique des foyers et des communautés. Pendant des années, la Région a pratiqué une politique inscrite dans une stratégie de soutien aux catégories les plus pauvres de la société, par laquelle des subventions versées sur le prix du sucre étaient utilisées comme une mesure globale concernant l'ensemble de la population ou comme une mesure spécifique, restreintes aux seuls individus aux revenus les plus modestes. 

La suppression d'une subvention sur le sucre ou l'institution d'une taxe sur les boissons et les aliments sucrés présentent l'inconvénient de porter préjudice aux plus pauvres qui en pâtiraient le plus et devraient supporter davantage de privations si de nouvelles hausses fiscales étaient instituées plutôt qu'une subvention. Néanmoins, leur consommation de produits sucrés reculerait et l'effet n'en serait sans doute que plus bénéfique sur leur santé. La banque mondiale11 et la Banque africaine de Développement,12 portant par exemple sur la Tunisie, attestent toutefois du fait que le meilleur moyen de venir en aide aux plus pauvres est de taxer les aliments inappropriés, le tabac et les produits alcoolisés, tout en instaurant de meilleures conditions financières pour ces individus par l'introduction d'appuis financiers sélectifs autres qu'une subvention sur les aliments. La plus grande partie de l'argent versé pour l'alimentation et les autres subventions à caractère général bénéficient à d'autres groupes plus fortunés. Comme c'est le cas dans plusieurs pays de la Région où l'industrie du tourisme est particulièrement développée, le secteur de la restauration et de la gastronomie, ainsi que les touristes jouissent davantage de ces mesures que les catégories les plus pauvres de la société. Les mesures fiscales comme la suppression de subventions et la mise en place de prélèvements ou d'une taxe sur les produits inappropriés est un excellent moyen pour les gouvernements de contribuer à modifier la chaîne alimentaire et à améliorer la santé publique. Dans certains pays, des fonds substantiels peuvent être mobilisés au moyen de taxes adaptées, puis reversés dans le secteur de la santé, selon les besoins. Ce type de taxes hypothéquées s'avère particulièrement apprécié en France, ainsi que dans d'autres pays, lorsque la population comprend qu'il s'agit de taxes de santé publique et que les fonds collectés vont permettre de promouvoir la santé au sein de la communauté. 

Des analyses économiques détaillées des différents modes de taxation du sucre révèlent qu'il est plus facile et moins coûteux de taxer le prix du sucre en tant que marchandise, la taxation individuelle de tous les produits alimentaires et des boissons étant plus lourde administrativement. Cela implique l'existence d'un processus national solide aux fins de la perception des taxes au niveau des détaillants. Ces analyses expliquent notamment pourquoi le Food Economic Institute de l'Université de Copenhague a proposé que la taxe sur le sucre en tant que marchandise (tout comme les taxes sur les matières grasses) soit utilisée au détriment des taxes sur les ventes au détail, plus difficiles à définir et à percevoir.

Améliorer les formations accréditées sur l'alimentation et la santé pour fournir des occasions d'influencer les choix alimentaires de la population 

C’est un domaine qui est parfois négligé par les gouvernements. Ceux qui mangent en restauration collective, notamment dans les écoles, les hôpitaux, les ministères et d’autres corps nationaux comme l’armée ou la police, sont totalement dépendants du choix des ingrédients fait par les cuisiniers. Dans de nombreux pays, ces cuisiniers ont peu de connaissances sur la nutrition. Mais en fournissant une part importante des apports quotidiens de ceux qui consomment les repas qu’ils préparent, ils influencent de manière considérable la qualité de l’alimentation d’un grand nombre de personnes. Par conséquent, si les gouvernements ciblaient ces cuisiniers en leur donnant des conseils pratiques de professionnels pour réduire leur utilisation de sucre, ainsi que le contenu en sel et en graisses des plats qu’ils servent, ces changements auraient un impact immédiat sur une grande partie de la population dans la Région. Cette approche dépend donc d’une initiative pangouvernementale. 

Dans de nombreux pays, des entreprises responsables suivraient les mesures prises par les gouvernements pour améliorer leurs services de restauration si ces derniers les encourageait à limiter la mise à disposition de boissons très sucrées et à réduire l’utilisation de sucre, de sel et de graisses dans leurs structures. Ceci contribuerait davantage à une amélioration rapide de la qualité de l’alimentation et du bien-être de leurs employés. En Europe, les entreprises perçoivent souvent cela comme un moyen de montrer qu’elles se préoccupent du bien-être de leur personnel. 

Une autre moyen d’améliorer la qualité de l’alimentation consiste à cibler le secteur agroalimentaire pour qu’il revoie la composition de ses produits. Mais il faut également intégrer la qualité nutritionnelle et l’utilisation de quantités limitées de sucre, de sel et de graisses à la liste des critères établie pour le secteur des services alimentaires, notamment ceux qui cuisinent pour le public dans les cantines, les restaurants et même sur les marchés. Ces deux points devraient être considérés comme aussi importants que n’importe quel critère de sécurité sanitaire des aliments. C’est ce que le gouvernement de Singapour entreprend depuis plusieurs années en incitant les diététiciens à prendre des initiatives particulières ciblant les groupes concernés dans chaque région. À Singapour, les vendeurs sur les marchés et d’autres cuisiniers mettent souvent en avant des plats ayant une valeur nutritive plus intéressante pour le public. Cela contribue à souligner l’importance de la qualité du régime alimentaire.

Finalement, il faut admettre que certaines familles emploient des travailleurs étrangers qui participent à la préparation des repas de la famille. Ces travailleurs ont souvent peu ou pas de connaissances sur la nécessité d’avoir une alimentation de haute qualité contenant peu de sucre, de sel et de graisses ou sur l’importance d’intégrer une grande quantité de fruits et de légumes dans l’alimentation. Cibler ce groupe est plus difficile et dépend généralement de l’éducation publique. 

Dispenser une éducation sanitaire régulière aux populations

Les populations doivent recevoir des informations sur les principales raisons qui expliquent les problèmes de santé prévalents dans leur pays. Étant donné que l'alimentation déséquilibrée constitue l'une des principales causes de maladies et d’incapacités dans la Région de la Méditerranée orientale, il faudrait inclure des éléments d'éducation sanitaire mettant l'accent sur l'importance d'une alimentation variée pauvre en matières grasses, en sucre et en sel aux informations fournies régulièrement par les médecins, par le gouvernement au sein des écoles et par les systèmes d'information publics. La compréhension globale de la nécessité d'un régime alimentaire sain est essentielle et peut aider les patients souffrant de problèmes spécifiques, notamment d'obésité, de diabète, d'hypertension et de cardiopathie. Toutefois, des analyses détaillées révèlent que même s'il s'agit d'une condition nécessaire à la modification de leur régime, cette approche n'est pas suffisante. Ainsi, les gouvernements qui comptent uniquement sur l'éducation sanitaire pour parvenir à un changement échouent systématiquement à obtenir les résultats escomptés. La dispense d'une éducation sanitaire devrait être considérée comme une mesure de fond, qui doit être assortie d'autres mesures telles que celles citées précédemment.  

Actions suggérées afin de réduire les apports en sucre  

Phase 1:  2016 

1) Constituer une équipe spéciale au niveau national pour la réduction des apports en sucre avec les représentants des principaux partenaires et parties prenantes ;

2) Mettre en place des systèmes de suivi pour la mise en œuvre complète de politiques d'achat et d'approvisionnement alimentaire aux différents niveaux de la chaîne d'approvisionnement alimentaire (agriculture, commerce, industrie alimentaire, distribution, vente au détail, marché public) ; 

3) Réaliser une étude nationale aux fins de l'évaluation des apports en sucre et des sources de sucres ajoutés dans les produits ; 

4) Mener une campagne d'éducation publique à l'intention tout d'abord de la population, mais également des décideurs et des praticiens à différents niveaux de la chaîne alimentaire. Influencer les décideurs politiques en recourant aux données factuelles sur la charge de morbidité et en soulignant le rôle qu'ils ont à jouer dans la transformation du système de nutrition ainsi que les exemples au niveau international de bénéfices retirés des changements proposés ;

5) Accroître la prise de conscience et sensibiliser les prestataires de service dans les secteurs des media et de la santé pour s'assurer de leur engagement dans la promotion de régimes alimentaires sains ;

6) Réduire la teneur en sucres libres des boissons non alcoolisées. Des édulcorants artificiels ne doivent pas être utilisés en compensation de la teneur plus faible en sucre des boissons et des aliments ;

7) Examiner les subventions nationales sur les aliments et les diminuer progressivement pour les supprimer à terme, dans le cadre d'un mécanisme visant à améliorer la santé des plus pauvres et l'accès aux services de santé ;

8) Diffuser les recommandations et les orientations de l'OMS sur les bienfaits d'une alimentation saine dans la lutte contre les maladies non transmissibles en situation d'urgence auprès des agences des Nations Unies et des organisations non gouvernementales/agences spécialisées responsables de la distribution de l'aide alimentaire ; 

9) Générer des informations et identifier les recherches prioritaires :

en instaurant un protocole ou une méthode au niveau national aux fins de l'évaluation des apports en sucres pour chaque secteur de la société ;

en organisant une réunion nationale des chercheurs pour qu'ils normalisent et mettent à jour les tableaux de composition des aliments, en vue d'y inclure la teneur en sucre, ainsi qu'en acides gras trans, en acides gras saturés et en sel des aliments et des boissons, y compris celle des aliments et des plats traditionnels ;

en instaurant un système de suivi pour pouvoir mesurer les habitudes de consommation des produits ciblés, ainsi que les habitudes alimentaires globales ;

en engageant les centres de recherche, les instituts de santé publique, les chercheurs en université et les centres collaborateurs de l'OMS dans la recherche sur la nutrition dans la Région afin de s'assurer de leur participation au nouveau programme de travail.

Phase 2: En fonction de la conjoncture nationale 

1) Diminuer et rééquilibrer le nombre et le type de promotions en termes de prix appliquées dans tous les points de vente au détail, notamment dans les supermarchés et les commerces de quartier, dans les restaurants, les cafés et les points de vente de nourriture à emporter ;

2) Limiter de façon substantielle les occasions de commercialiser et de faire la promotion des aliments et des boissons à teneur élevée en sucre auprès des enfants et des adultes dans l'ensemble des media, y compris sur les plateformes numériques et par l'intermédiaire du parrainage ;

3) Introduire une majoration des prix de 10 % minimum au moyen d'une taxe ou en instaurant un prélèvement sur les produits à teneur élevée en sucre et qui attendra 20 % la deuxième année ; 

4) Mettre en œuvre des politiques d'achat dans les institutions publiques qui reposent sur le modèle de profils nutritionnels de l'OMS et veiller à ce que tous les aliments et les boissons servis dans les institutions financées par l'État (universités, police, armée, autorités locales) soient conformes aux nouvelles normes ; 

5) Poursuivre les efforts de sensibilisation aux préoccupations liées aux taux de sucre dans l'alimentation auprès du public, ainsi qu'auprès des professionnels de la santé, des employeurs et de l'industrie agro-alimentaire. Encourager les actions visant à réduire les apports et proposer des mesures pratiques pour que les individus puissent réduire leur propre apport en sucre et celui des membres de leur famille. 

Phase 3: En function de la conjuncture nationale 

1) Examiner les normes et spécifications alimentaires nationales relatives aux boissons non alcoolisées et aux aliments sucrés largement consommés. Imposer une réduction annuelle de 10 % de la teneur en sucre des aliments et des boissons modérément ou fortement sucrés ;  

2) Réviser les critères d'étiquetage alimentaire pour refléter les teneurs en sucre, en acides gras trans et en acides gras saturés. Mettre en œuvre l'étiquetage obligatoire prévu par le Codex Alimentarius, en respectant les exigences en matière de clarté et de lisibilité. Envisager la mise en œuvre d'un étiquetage reprenant la signalétique des feux de signalisation ; 

3) Adopter, mettre en œuvre et assurer le suivi de normes d'achat gouvernementales pour les aliments et les services de restauration dans l'ensemble du secteur public, y compris aux échelles nationale et locale, aux fins de la fourniture et de la vente d'aliments et de boissons sains aux hôpitaux, aux centres de loisir, etc. 

Phase 4

1) Veiller à ce qu'une formation accréditée sur l'alimentation et la santé soit régulièrement dispensée à toutes les personnes susceptibles d'influencer les choix nutritionnels de la population dans les secteurs de la restauration, de la santé physique et des loisirs, ainsi qu'à d'autres personnes parmi les autorités locales ; 

2) Poursuivre les efforts de sensibilisation aux préoccupations liées aux taux de sucre dans l'alimentation auprès du public, ainsi que des professionnels de la santé, des employeurs et de l'industrie agro-alimentaire, etc. Encourager les actions visant à réduire les apports et proposer des mesures pratiques pour que les individus puissent réduire leur propre apport en sucre et celui des membres de leur famille ; 

3) Réglementer la commercialisation des aliments et des boissons nuisibles pour la santé aux enfants en s'appuyant sur le modèle de profils nutritionnels de l'OMS pour la Région ;

4) Développer des approches régionales pour faire face à la commercialisation libre de toute entrave d'aliments et de boissons nuisibles pour la santé.

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1 Guideline: Guideline: sugars intake for adults and children. Geneva: World Health Organization;2015 (en anglais seulement) [Directive : Apports en sucre chez l'adulte et l'enfant. Résumé d’orientation disponible en français, Genève : Organisation mondiale de la Santé ; 2015 http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/155735/1/WHO_NMH_NHD_15.2_fre.pdf?ua=1, consulté le 22 mars 2016]

2  Imamura F, et al. Consumption of sugar sweetened beverages, artificially sweetened beverages, and fruit juice and incidence of type 2 diabetes: systematic review, meta-analysis, and estimation of population attributable fraction. BMJ. 2015;351:h3576.

3 A Abdulrahman O Musaiger. Overweight and obesity in the Eastern Mediterranean Region: prevalence and possible causes. 2011. doi:10.1155/2011/407237. J Obes. 2011.407237.

4  Musaiger AO. Food Consumption Patterns in the Eastern Mediterranean Region. Manama: Arab Center for Nutrition; 2011 (http://www.acnut.com/v/images/stories/pdf/cov2.pdf) consulté le 22 mars 2016). 

5 Ibid

6 WHO nutrient profiling report for the Eastern Mediterranean. Cairo: World Health Organization (in press).

7 Briggs AD et al. Overall and income specific effect on prevalence of overweight and obesity of 20% sugar sweetened drink tax in UK: econometric and comparative risk assessment modelling study. BMJ. 2013;347:f6189.

8 The Unfinished Revolution. Bringing Opportunity, Good Jobs And Greater Wealth To All Tunisians. Poverty Reduction and Economic Management Department Middle East and North Africa Region. Tunisia: World Bank; 2014.

9 Ayadi M, Castel V, Lannes L, Abderrahim K, Mansour S, Jmal Y. Food Subsidies and Direct Social Assistance: Towards Better Targeting of Monetary Poverty and Deprivations in Tunisia. Tunisia: African Development Bank; 2013 

10 Jensen JD, Smed S. Cost-effective design of economic instruments in nutrition policy. Int J Behav Nutr Phys Act. 2007;4:10.

11 Neuberger J et al. Science and Technology Select Committee. Behaviour Change. Second report of Session 2010-2012. London: UK House of Lords; 2011.

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Annexe 1 : De l'importance d'un apport limité en sucre dans l'alimentation pour conserver un poids normal, limiter les risques de diabète de type 2 et prévenir les caries dentaires chez l'enfant et l'adulte

Statistiques

L'OMS possède plusieurs bases de données mondiales sur la nutrition, qui offrent des informations sur les pays de la région. Pour y accéder, cliquez sur les liens ci-dessous.

Informations nutritionnelles sur les vitamines et les minéraux

Indice de masse corporelle (en anglais)

Croissance de l'enfant et malnutrition (en anglais)

Alimentation du nourrisson et du jeune enfant (en anglais)

Données nutritionnelles extraites de l'Observatoire régional de la Santé

Anémie chez les femmes non enceintes en âge de procréer (estimations) (en anglais)

Anémie chez les enfants d'âge préscolaire (en anglais)

Tendance de la malnutrition chez les moins de 5 ans (estimations, en anglais, en %)